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Archive for the ‘En terre suédoise : Göteborg’ Category

En écrivant il y a quelques mois ce que je pensais être le clap de fin de mon aventure, je souhaitais reprendre une vie normale dans laquelle le souvenir de la Suède ne constituerait pas cette pointe de regret contre laquelle je me battais. Mais la bataille ne touchait pas à sa fin comme je le croyais : la transition a perduré bien après que la Suède ait cessé d’occuper le quotidien de mes pensées.

Résonance

Le retour en France n’a définitivement pas été une coupure nette et une reprise de ma vie là où je l’avais laissée ce matin où j’ai pris l’avion. Toutes les affaires courantes bien sûr étaient closes, traitées ; les affaires courantes à lancer dès mon retour planifiées. Ce voyage, court en réalité, est entré en résonance avec mes réflexions sur la route qu’empruntait ma vie depuis plus de deux ans.

Rien d’étonnant d’une certaine façon car j’ai passé le mois précédant le départ pour Göteborg à potasser les éléments de la « civilisation » suédoise à ma portée, des plus prosaïques aux plus conceptuels. Un voyage court, oui, mais pas un dépaysement brutal donc. L’investissement pour vivre l’enchantement.

De là à trouver en Suède un écho à mes pérégrinations intérieures? Merveilleux intellect qui brasse l’expérience, vient toujours au secours de notre téléologie…

Il était urgent que je reprenne contact avec une vie un peu plus spontanée et équilibrée entre mes projets intellectuels, aussi satisfaisants soient-ils sur ce plan, et mes temps de récréation, plus forts que des simples temps de décantation. Que je me recentre sur ce qui est impalpable mais indispensable, oublie le feu de l’ambition, de l’envie, de la jalousie. Que je pense à long terme à mon mode de vie plutôt qu’à l’instant présent.

Rien de mieux qu’un pays européen, si proche et si éloigné de la France, plutôt qu’un pays appartenant à une autre ère de civilisation. Pas d’électrochoc plus fort. Pas de volonté plus forte de construire du neuf avec le vieux, sans tout envoyer à la décharge.

Ce côté épuré du climat, ce calme, cette harmonie avec la nature qui m’ont donné l’impression qu’on peut vraiment vivre en harmonie avec l’autre, relativiser les inconforts et les « tares » psychologiques ou physiques que chacun traîne dans son sillage, les siennes comme celles des autres. Et surtout continuer à se battre pour communiquer, entretenir la passion. Donner un sens aux mots vitalité, plaisir.

Échos décroissants

Cette résonance n’a pourtant pas empêché une forme d’oubli de mon séjour en Suède, si net à mon retour. Je me félicite aujourd’hui d’avoir entrepris l’écriture de tous ces articles et construit l’acquisition de mes connaissances sur la Suède et Göteborg en particulier. D’avoir pris soin de légender précisément chacune des photographies que j’ai rapportées. De ne pas avoir fait absolument confiance à ma mémoire, pourtant disciplinée par l’Histoire, au cas où.

Afin d’effacer cette honte de l’oubli. On n’est pas censé oublier un moment fort de sa vie. Mais il n’y a que les souvenirs malheureux qui laissent distinctement leurs empreintes. La plupart de mes souvenirs ne sont qu’impressions fugitives, instantanés qui s’imposent en fonction de la disponibilité de notre mémoire aujourd’hui ou hier. La trame chronologique s’efface.

Afin de ne pas confondre l’expérience de la nouveauté et les échos suédois. Quand je relis mon clap de fin, je vois bien que l’assiette thaï n’a rien de suédois. Que le fait d’emprunter divers transports en commun peu courants en Bourgogne a pu se superposer à ma dégustation des paysages assidûment menée. Que le fait de visiter en profondeur un lieu en prenant son temps, puisque j’étais là pour ça, a pu être assimilé à un temps de vacations.

Je lutte contre cela dans un souci d’objectivité, dans le souci de ne pas trahir ces réalités que je dissociais parfaitement lors de mon séjour en Suède, même s’il est évident que cette alchimie post-retour fait partie de ma mythologie biographique.

Passion suédoise

Je ne me suis pas rendue compte que mes souvenirs s’effilochaient. D’autres préoccupations sont simplement venues danser la gigue dans mes cauchemars on fait entendre leur chant de sirènes. Mais cette nostalgie de la Suède n’est pas qu’un refus de revenir à ma vie quotidienne. La Suède continue de nourrir mon imaginaire, même si les images qui ont tout déclenché s’estompent.

Plus qu’un séjour d’initiation ou un séjour de villégiature, mon aventure suédoise m’a inoculé une version inoffensive du virus du voyage. Suède est devenu un de ces mots magiques qui attirent immédiatement mon attention, amènent le sourire sur mes lèvres, une bulle rose pleine de promesses.

Toute à mon bonheur de parler de la Suède en large et en travers, il est évident que mon court séjour en Suède et mon seul passage à Göteborg ne m’ont pas permis de passer en revue la culture suédoise tout comme il est évident que certains aspects m’attirent moins et restent dans l’ombre parce qu’il n’y a pas (encore) la fenêtre d’ouverture adéquate pour une telle expérience.

C’est pourquoi je continue, cette fois à travers le filtre quelque peu déformant du circuit de consommation européen, à apprendre sur la Suède les yeux pétillants.

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On prend conscience de la valeur de ce qu’on possède après l’avoir « perdu ».

Nostalgie : un combat

Dans les derniers jours précédant le départ, j’étais pressée de revenir à mon confort si bien rodé et équilibré. Pleine d’énergie (ce mélange de stress et excitation) pour avancer et forger une nouvelle année.

Mais je pensais que le changement de réalité serait net comme une couture ou une coupure. Longue transition… La désillusion au coeur ne m’a pas lâchée. Deux longues semaines à trimer pour m’intéresser au devenir de ma vie. Intrigues administratives. Préoccupations passéistes des guerres de religion. Enfermement caniculaire.

Et pourtant qu’est-ce que je ronchonnais de ne pas pouvoir traîner dans les rues de Göteborg à cause de l’épaisse pluie ou du paysage céleste trop incertain, accéder à internet ou tout simplement manger pas trop gras ou trop vu et revu. Qu’est-ce qu’il m’appelait ce confort français, dijonnais, familial !

Le dernier soir, je me suis prise à savourer comme si c’était la dernière fois mon assiette thaï. À espérer avoir le temps de jeter un coup d’oeil lors des escales ferroviaires et sur le ferry. Fermer les yeux sur ce que je n’ai pas eu le temps de voir. Quelques avantages à la vie suédoise finalement. Avant d’atterrir dans une gare trop familière.

Un regard oscillant

Même quand on veut faire son deuil en temps et en heure, il n’en fait bien qu’à sa tête. J’écris plus d’un mois après mon retour ; je ne me résous pas à ranger mon guide, à portée de main. Écrire des articles pour cristalliser n’a pas aidé.

C’est un fait : partir à l’étranger, ça vous retourne la tête. Vous passez en mode touriste étonné, au mieux, ou, au pire, en consommateur fou furieux. Comment s’étonner donc de se sentir complètement inadapté à son retour ? Cynisme : tout est déjà balisé ; naïveté : on se fait prendre à sourire pour des peccadilles. Des impressions traîtresses de déjà-vu ou d’insolite.

Je me sens pourtant moins hermétique aux photographies de voyages, qu’elles soient commerciales ou l’oeuvre d’amateurs. Moi qui considérait que partir en voyage était du temps perdu à s’adapter, traumatisme, perte de son ancienne vie. La vie quotidienne est bien souvent faite d’un aveuglement aux beautés mais aussi aux difficultés dans lesquelles on s’embourbe. Partir peut être salutaire ; revenir possible. Cette vie quotidienne me happe de nouveau, déjà.

Refuse de me laisser aller à repartir, m’évader. Ici et maintenant.

Petite pensée…

Je ne sais pas prendre de photos. Jusqu’à maintenant, j’ai toujours perdu un peu de temps à trouver le bon angle pour faire une photo : pas d’ombre sur le sujet, pas d’arbre ou de doigt qui bouche la vue etc. enfin tous les tracas classiques de l’amateur et, je crois du professionnel…

Ce faisant, je me suis aperçue que l’art de prendre des photos était aussi l’art de dénaturer l’espace dans lequel on se mouvait la minute d’avant. Bien sûr qu’il y a des arbres mais pourquoi les masquer ? Pourquoi s’agacer que des voitures passent ? Juste, s’arranger avec la réalité pour que les différents éléments soient équitablement répartis sur la photo tout en conservant son authenticité à la réalité.

Cette photographie d’une cuisine de student bostäder, c’est un geste simple qui l’a produite, un matin, avant de partir barouder dans les rues de Göteborg. Cette cuisine, pour un oeil non averti, n’a rien de cassant, rien de suédois. Pour moi, cependant c’est la trace d’un ancrage spatial (tout comme mon compagnon l’était) à mes pérégrinations quotidiennes.

Même si je me dois de combattre cette nostalgie, je ne peux tout bonnement pas effacer ces quelques semaines dans l’histoire de ma vie. Ces ancrages spatiaux temporaires, ces articles que j’ai publiés sur ce blog, peut-être souhaiterais-je pouvoir y recourir un jour? Voyager, immobile, quand la pression quotidienne sera trop forte.

Retourner là-bas ? Plus tard peut-être.

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