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Archive for the ‘Recherche (débutant)’ Category

« Le futur chercheur est le bon élève, avide de connaissances. » Sait-il au moins ce qu’est la recherche et quel élève elle recherche ?

La recherche

Celui qui cherche évidemment est prêt à déplacer un certain nombre de montagnes, tout comme il s’attend à en planter un certain nombre sur la planète Savoir. Ça n’est qu’un idéal véhiculé depuis la Guerre froide. Les fusées rayonnaient de toute leur complexité scientifique ; la science sous De Gaulle se mettait au service de l’industrie. Clichés…

Les sciences humaines et les sciences divergent.

Un chercheur en lettres est souvent dévisagé comme un homme politique : une langue de bois, qui cache une langue de vipère et parfois aussi une cervelle de moineau. Le scientifique est incompris mais on « sait » qu’il prouve ce qu’il avance.

Un chercheur en lettres a rarement la possibilité de mettre en avant des constats spectaculaires si ce ne sont des concepts encore actifs aujourd’hui pouvant faire la une de certains magazines sérieux ou intervenir dans un débat politique. Je pense en particulier à : l’histoire qui sort les mémoires et écrits « cachés » de notre époque (les Mémoires de Jacques Chirac permettent de discuter sur la corruption des présidents comme phénomène propre au XXe siècle ; la recherche historique en Espagne qui atteint des sommets en terme d’audiences dès qu’on peut polémiquer sur Franco) ; la sociologie qui déterre aussi bien les modalités de communication que les manières de penser cette communication à l’origine de bien des comportements biscornus nous obsédants, êtres humains que nous sommes, confrontés à la fraternité sincère, diplomatique ou imposée (la violence déclinée dans toutes les échelles, cadres sociaux, …).

Un chercheur en lettres a une capacité de travail en équipe moins importante qu’en sciences. Le travail scientifique rigoureux à un tel niveau (en mathématiques par exemple) est aisément vérifiable et compréhensible grâce à une formalisation de l’écriture alors que le travail d’un historien, lorsqu’il est publié fait plutôt l’effet d’un bilan disserté de ses recherches, quelques annexes à l’appui pour justifier son sérieux. La pratique du « brouillon » ou du « carnet de recherche » privé fait encore long feu chez nous, d’autant plus que le plagiat est d’une facilité déconcertante et surtout effrayante alors que le travail de mise en idées, en mots, est beaucoup plus colossal qu’en sciences.

Le point fort en revanche de la recherche littéraire reste sa capacité à diffuser et surtout vulgariser. En dépit de l’attrait des sciences au XXe siècle, l’histoire, la sociologie, la musique servent à rendre vraisemblable et reconstituer la vie là où les sciences promettent un avenir de science-fiction excitant mais aussi effrayant.

La recherche reste un système à deux vitesses mais on constate des efforts d’harmonisation. Les conférences ont envahi le champ littéraire, se défiant du plagiat et facilitant la construction de laboratoires dont les membres travaillent en équipe même si, tout comme en science, la matière première des travaux viennent d’une seule et unique personne. On ne se contente plus de lire et critiquer ses prédécesseurs dans cette inévitable « histoire du sujet » (l’historiographie en Histoire). Sans parler du pillage des méthodes scientifiques par l’École des annales, férue de quantification.

Accessibilité de la recherche

Il est impossible de se prétendre au fait de la recherche en achetant son magazine dans le tabac-presse du coin. Presque impossible d’ailleurs d’emprunter un livre à la bibliothèque et avoir en tête un bilan net et complet de la situation. Ce genre de livres n’existent pas (excepté peut-être les livres d’initiation à la discipline qui vous racontent son histoire et vous détaillent les évolutions des principaux champs de recherche. Utile mais vague). Vous devez construire tout seul le bilan sur un sujet en sachant qu’il suffira d’un instant pour vous faire démolir par un bouquin dont vous n’avez pas eu connaissance. Autant de sueur que pour des personnes suffisamment versées mais hors de la recherche qui cherchent des réponses, à moins d’avoir un chercheur dans un périmètre quotidien inférieur à 30m.

Il n’y a pas photo : faire de la recherche en solo ne s’improvise pas. Si vous ne faites pas partie d’un master recherche, vous avez de grandes chances de passer à côté des outils essentiels: il vous faut un enseignement (en fait une liste des sites et de leurs usages). Internet en fourmille mais surtout contient un certain nombre d’outils à moitié utiles qu’il faut savoir coordonner avec la bonne vieille lecture des livres du coin, les manuels et leurs bibliographies. Même cela acquis, vous n’êtes absolument pas certains d’avoir un bilan exhaustif de ce qui existe sur votre sujet. Humilité nécessaire pour combattre la frustration.

→ La recherche est prise entre deux feux, deux préjugés selon lesquels tout a été dit ou tout n’a pas été fait.

Aspirations et formation

Le chercheur: un chercheur, un enseignement, un érudit.

Cursus long et difficile

Pour devenir chercheur, il faut avoir l’équivalent de bac +8 ou +9 c’est à dire 3 ans de licence, 2 ans de master, 3 ans de doctorat minimum (+ 2 ans de prolongations souvent).

Il faut surtout passer l’agrégation dont on ne peut se passer en lettres et en sciences humaines contrairement aux sciences dures. Un concours qui sélectionne, qui vous ramer à une étape de la construction de votre avenir et qui peut vous coûter cher. L’idéal est de la passe entre le master et le doctorat car c’est le moment dans la formation où l’on a la plus grande vue d’ensemble de la discipline et du type de connaissances exigées.

Enfin le conseil des Universités doit juger si vous êtes aptes. Ensuite course aux candidatures dans les Universités, au CNRS et dans les laboratoires de recherche privés.

L’autre voie scolaire repose sur les ENS (École Normale supérieure) qui forment les futurs professeurs des universités et les chercheurs. S’entend : ils forment les meilleurs mais n’en ont pas le monopole.

Il ne suffit pas d’être un bon élève, il s’agit d’être le meilleur à un instant t par rapport à une population étudiante donnée.

Une seule voie, une seule carrière, une seule aspiration

Même si la recherche n’est pas un boulot qui paie, on a tendance à croire qu’une fois lancé, il sera facile de travailler sur le sujet qui intéresse. Je répondrai qu’il faut avoir choisi son sujet en master, l’avoir peaufiné en doctorat: bref de savoir ce que vous voulez dès bac+3, ce qui est loin d’être le cas généralement (je parle en connaissance de cause). La plupart du temps, on s’intéresse à une notion effleurée en cours et on en rejette d’autres sur le simple critère de l’affect (somnolence du cours, sujet mal compris, …). Au cours du doctorat par contre, il est clair que si vous ne déclarez pas votre flamme à votre sujet, il devient urgent de se réorienter dans une autre branche et surtout pas en mode « recherche ».

Il est très difficile une fois la machine lancée de dévier vers un autre sujet. À ma connaissance, ce genre de déviation se fait après une bonne dizaine d’années de recherche, lorsque vous avez fait le tour de votre sujet et qu’on vous demande de trouver un autre projet de recherche plus convaincant. Il n’y en a qui arrive bien sûr à faire tourner éternellement la machine en jouant sur les modalités du sujet (localisation, échelle, groupes sociaux, dates, etc).

Il faut enfin prendre en considération le fait que la recherche est un paquet : vous cherchez ? Bien mais enseignez aussi ! De la même façon, il est impossible de faire de la recherche primaire, c’est-à-dire faire des synthèses des travaux, ou d’enseigner sur des travaux en cours (surtout si ce ne sont pas les vôtres). Les failles n’apparaissent qu’aux étudiants en doctorat, chargés de certains cours pour apprendre l’art oratoire et la pédagogie.

La recherche est décidément un monde bien rigide où l’amour de la connaissance ne trouve pas toujours son compte.

→ Pas toujours facile d’être un mouton à un stade où votre esprit est formé et pleinement conscient de ce qui vous intéresse et surtout de ce que vous rejettez. Prêt à vous conformer au cliché et au réel étau du métier de la recherche ?

Conclusion

Nous avons dressé un tableau volontairement dur de la recherche pour décourager ceux qui veulent être les réels Indiana Jones de demain sans comprendre qu’Indiana Jones n’existe pas (et c’est particulièrement vrai en histoire, histoire de l’art ou archéologie). En supposant que vous avez la motivation et que vous avez atteint la fin du parcours purement scolaire, il vous reste la possibilité de faire des pieds et des mains pour cotoyer les chercheurs et leur montrer qu’ils ne sont pas isolés, comme la plupart le pense, dans les universités provinciales ou dans les grands pôles notamment parisiens, comme la plupart cherche à l’être.

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