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Un panel de services

Le premier des services est évidemment la communication des documents. Il n’existe en tant que tel que depuis 1946 avec l’ouverture d’une salle de lecture. Auparavant, le service est utilisé uniquement par la municipalité pour défendre ses droits, par la copie des pièces les plus précieuses (vidimus) ou la sortie des documents, en dépit de la proclamation du droit de consultation au XIXe siècle. Les élèves de l’École des Chartes de Dijon (1829-1836) ont pu être autorisés mais ce sont surtout Joseph Garnier et Louis de Gouvenain qui y ont eu accès en tant qu’employés du service22. La création d’une salle de lecture répond en fait à un pic de consultation des archives (multiplication par deux entre 1907 et 1908) par les étudiants de la faculté d’Histoire de Dijon, sous l’égide d’Henri Hauser et Arthur Kleinclausz, qui remet en cause l’ancien système de consultation sur rendez-vous et présence de l’archiviste23. Des horaires d’ouverture réduits apparaissent avec la nomination d’un Conservateur des Archives municipales en 1958, afin de permettre à celui-ci d’avancer le travail de classement. Aujourd’hui, les horaires d’ouverture sont larges (fermeture le midi uniquement).

Les Archives proposent bien sûr également des outils de recherche dans ses fonds : ce sont les inventaires, les index de noms et de lieux, les tables en tout genre. Les premiers inventaires sont l’oeuvre successive de Joseph Garnier et Louis de Gouvenain (1841-1887), complétée par le travail de Charles Oursel, conservateur de la bibliothèque de Dijon et archiviste : sont réalisés les inventaires des fonds anciens uniquement, les fonds modernes déjà produits n’étant pas tous encore en leur possession. Le premier inventaire a été publié en 1867, le dernier en 1910. Des répertoires numériques dactylographiés, des fiches dactylographiées et des fascicules de ces fiches ont été produits au XXe siècle afin de compléter les inventaires des archives anciennes et recenser le contenu des archives modernes24.

Dans les années 1980, les documents les plus consultés sont microfilmés pour une utilisation plus durable de leur contenu mais aussi une tentative de ralentir leur dégradation : il s’agit alors essentiellement des délibérations de la municipalité de Dijon, parties précieuses du fonds ancien, consultées par les chercheurs et étudiants25. C’est la première étape de la numérisation. Au tournant des années 1990 et 2000, les registres de paroisses du XVIe au XVIIIe siècle et le recensement de la population de Dijon depuis 1791 sont également numérisés afin de répondre à l’attente d’un fort public de généalogistes amateurs et confirmés qui a émergé dans les années 198026.

La visibilité en ligne fait néanmoins défaut bien que le service dispose de quelques pages descriptives au sein du site http://www.dijon.fr. Seul le catalogue de la bibliothèque du service est accessible via le formulaire de recherche de la bibliothèque municipale. Aucun des inventaires n’a été numérisé ou indexé. Quelques rares groupes de documents sont en ligne, à la suite d’évènements particuliers (colloques, expositions). On peut trouver sur le site du gouvernement http://www.culture.fr une description du fonds des archives théâtrales de la municipalité, intégré au répertoire des arts du spectacles27, ou des plans de la ville de Dijon28. On trouve les sceaux de Bourgogne dans la base ARCHIM également29. Dans un avenir prochain, un ordinateur sera mis à disposition en salle de lecture pour la consultation du catalogue de la bibliothèque et d’un catalogue des fonds.

En revanche, le service prend à cœur de constituer et d’actualiser une revue de la presse sur la ville de Dijon et les thématiques générales touchant la Bourgogne. Il ne s’agit pas à proprement parler de compléter la bibliothèque de revues (bien qu’elle en contienne) mais de rassembler les différents articles issus notamment des journaux locaux et de les classer et cataloguer comme fonds supplémentaire. La Revue de presse est bien sûr communicable mais n’est pas numérisée.

Enfin, le service a diversifié son offre de communication en proposant depuis 2004 environ des expositions (Bicentenaire de la Légion d’honneur en 2004, Mozart à Dijon en 2007, Sainte-Jeanne de Chantal en 2010… mais aussi François et Sophie Rude et Léon Rosenthal en 2012), une boutique sur le « site Liberté » (cartes postales, catalogues d’exposition, reproductions de gravures et de plans de Dijon) ainsi qu’un service éducatif. Ce dernier bénéficie de locaux spécifiques sur le « site Colmar » et a constitué l’un des facteurs de l’acquisition du site lui-même puisqu’il s’agissait de proposer l’accueil individuel et en groupe sans nuire au travail de quiconque30.

Notes

22 DEGROISE Marie-Hélène, op.cit., p. 5-6.
23 Ibid. p. 11.
24 Archives municipales de Dijon, Les instruments de recherche aux Archives municipales de Dijon : site Liberté, op.cit. p. 8-18.
25 Ibid. p. 21. Ville de Dijon, Mémoire citoyenne : les archives au service des Dijonnais, op.cit., p. 4.
26 Ville de Dijon, Mémoire citoyenne : les archives au service des Dijonnais, op.cit., p. 11.
27 Ministère de la Culture, « Archives du Théâtre municipal de Dijon » in Culture.fr : Répertoire des arts du spectacle. Url: http://rasp.culture.fr/sdx/rasp/document.xsp?id=f00000346. Consulté le 4 mars 2013.
28 Par exemple (après recherche dans le moteur de recherche du site) : BEAURAIN Jean (de), INSELIN Charles, DENOINVILLE, GAMBU André, Plan de la Ville et des Environs de Dijon, Paris, Beaurain, 1730, plan. Url : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b59718227. Consulté le 4 mars 2013.
29 Archives de France, « Sceaux de Bourgogne » in ARCHIM. Url : http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/caran_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_9=NOMDOS&VALUE_9=SCEAUX%20DE%20LA%20COLLECTION%20BOURGOGNE. Consulté le 4 mars 2013.
30 LOCHOT Éliane, « Archives, patrimoine et citoyenneté : de nouveaux enjeux », op.cit., p. 30.
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La naissance d’une institution

Le service des Archives municipales est l’un des plus anciens services de la municipalité puisqu’il est de facto créé avec l’obtention de chartes, privilèges et franchises pour la ville. La plus ancienne charte actuellement en possession du service est celle établie en 1187 par Hugues III, duc de Bourgogne1 mais le plus ancien document daterait en réalité de 11832. Le renouvellement de ces garanties, par serment des ducs de Bourgogne puis des rois de France sur le document, explique fort bien le développement d’un souci d’une conservation rigoureuse.

Ainsi est né le concept, lieu et local, de Trésor des Chartes comme dans d’autres communes. Il comprend la conception des archives en tant que documents historiques, sans usage immédiat, dont la valeur est sacrale. Il a d’abord été placé au sein de l’abbaye Sainte-Bénigne puis, à partir du XIIIe siècle et jusqu’en 1789, au sein de l’Église Notre-Dame (« Tour du Trésor ») dont la construction venait de s’achever3. Mais la municipalité pratiquait également un simulacre de conservation des archives courantes dans un local réservé, tout d’abord dans une salle de la « maison des singes » (premier hôtel de ville) puis, à partir de 1500, au sein d’une salle jouxtant la chapelle de l’hôtel Nicolas Rolin, second hôtel de ville, enfin, après 1765, dans une salle située au-dessus du magasin des lanternes de l’Hôtel de ville4. La Révolution entraîne la réunification des locaux : le Trésor des Chartes rejoint la salle des archives courantes de l’Hôtel de ville5. On se contente d’augmenter la superficie ou d’améliorer la salubrité des locaux (pour les archives courantes puis le local unique), d’effectuer des travaux de rénovation et d’ajouter des pièces de mobilier adaptées au rangement d’archives dont le nombre ne cesse de s’accroître6.

Cette dernière contrainte conduit finalement au transfert de la « chambre des archives » en 1831 au sein de l’ancien dépôt d’archives des États de Bourgogne situé sous l’escalier Gabriel, conçu par Jacques Gabriel, grâce à l’échange de l’Hôtel Nicolas Rolin et du Palais des États entre la municipalité et les autorités départementales pour en faire son nouvel Hôtel de ville. Il constitue actuellement le « site Liberté » et conserve ses caractéristiques d’origine (rayonnages en châtaignier adaptés aux voûtes de l’escalier et tomettes de terres cuites)7. Le site s’agrandit progressivement de plusieurs pièces : au dépôt en lui-même s’ajoute, en 1859, la « salle intermédiaire » aujourd’hui bureaux du service et interdite au public, en 1946, l’actuelle salle de lecture sur l’emplacement de l’ancien Bureau des Élus, après le départ de la Recette municipale, et en 1988 le sous-sol8.

Enfin, après avoir donc traversé sans encombres les première et seconde guerres mondiales9, la mairie de Dijon a acquis (ou ouvert) une usine désaffectée (avenue de Dallas) en 1988 et une ancienne imprimerie en 2006 (rue de Colmar) afin d’accueillir les fonds croissants. Le « site Liberté » constitue le lieu de consultation privilégié des documents. Seuls les documents les plus fragiles des archives contemporaines (cartes, plans) peuvent être consultés sur le « site Colmar »10.

En parallèle de ces mouvements d’unification et dissociation des locaux, s’opère la véritable construction juridique de l’institution. Des clercs sont engagés sporadiquement pour ranger et classer des fonds perpétuellement désorganisés : une première esquisse d’inventaire a ainsi vu le jour entre 1559 et 157011. Le premier archiviste permanent est nommé en 1765 avec le deuxième transfert de la salle des archives courantes (Baptiste Lemort), création fort tardive (mais réelle) face à l’édit (bursal) de juillet 1708 repris en 172312. L’autonomie du service est, elle, plus difficile à obtenir. Il dépend, de manière immuable, de l’autorité du vicomte-mayeur (puis maire) mais les personnes employées à l’entretien du service sont généralement attachées en priorité à un autre service et effectuent des temps partiels dans la première moitié du XIXe siècle (par exemple Charles-Joseph Boiteux, arpenteur-géomètre et archiviste de 1812 à 1815) ainsi que dans la première moitié du XXe siècle (plus précisément de 1887 à 1961) où le service, annexe de la Bibliothèque municipale, est confié à un subordonné du conservateur en charge du service de l’Inspection du Vieux-Dijon ou de la Commission des Antiquités de la Côte-d’Or (Philippe Vallée, Étienne Ehinger, Georges Marlaud, Gabriel Crémaud)13. L’arrêté municipal de février 1958 crée le poste indépendant de Conservateur des Archives municipales. Un véritable budget est alloué au service à partir de 1984.

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Les Archives de Dijon détiennent actuellement trois types historiques d’archives, selon le découpage chronologique instauré pour les archives communales par l’arrêté du 31 décembre 1926 : les archives anciennes (XIIe siècle-1789), les archives modernes (1790-1945) et les archives contemporaines (1945 à nos jours)14. Il y a plus de 5 km linéaires au total.

Les archives anciennes sont composées du Trésor des Chartes et des archives courantes (devenues définitives) de la municipalité jusqu’à la Révolution. C’est un fonds clos : il comporte plus de 100 000 pièces et 1500 registres, soit 700 m linéaires15. Parmi les documents remarquables, on peut noter : la Charte de commune de Hugues III (1187), le premier grand sceau de la commune de Dijon (XIIIe siècle), les plans de Dijon ou les jetons des maires16. Les archives modernes, closes également, font plus de 920 m linéaires : on y trouve l’affiche de souscription de l’aménagement de la place Darcy (1872), l’acte de naissance de Gustave Eiffel (1832) ou des affiches de propagande de la seconde guerre mondiale17. Les archives contemporaines, enfin, comptent actuellement près de 3 km linéaires : on y trouve la Charte de jumelage Dijon-Mayence (1958), les programmes des institutions culturelles de Dijon et surtout les documents versés par l’administration municipale (non communicables)18.

Le découpage chronologique ne suit pas le découpage des locaux : le « site Liberté » contient l’ensemble des archives anciennes et des archives modernes (1622 m linéaires au total), le « site Colmar » (d’une capacité de 8 km linéaires) la première partie des archives contemporaines (1945-1960) et le « site Dallas » contient la seconde partie (d’une capacité de 2,5 km linéaires). Cette répartition suit le principe de l’adéquation entre ancienneté et qualité des locaux19. Les fonds se diversifient avec le temps comme dans d’autres services : papiers, parchemins, objets et sceaux jusqu’en 1789 ; papiers, affiches, enregistrements sonores ou audiovisuels et fonds privés ensuite20.

Le service des archives de Dijon propose également la constitution et la conservation de documents imprimés historiographiques sous forme de bibliothèque.Située sur le « site Liberté » et en partie sur le « site Colmar », elle contient plus de 7000 volumes consacrés à l’histoire de Dijon. L’ouvrage le plus ancien date du XVIe siècle. Elle comprend une section appelée « Bibliothèque administrative », qui fait en réalité partie du classement des archives modernes, au sein de la série C éponyme (bulletins de lois, publications de l’INSEE, dictionnaires de langue française, ouvrages de droit) ainsi qu’une section « bibliothèque historique » (cotée BH), qui suit le classement thématique du fonds bourguignon de la bibliothèque municipale, mis en place à partir du classement de la Bibliographie bourguignonne21. Elle suit donc les standards informatiques qui lui permettent d’être visible sur l’ensemble du réseau de la Bibliothèque municipale et réseau du Centre régional du livre de Bourgogne et de s’aligner avec la Bibliothèque nationale de France. Elle contient pour elle-même un certain nombre de mémoires et thèses, d’ouvrages en rapport avec les expositions du service, de publications universitaires régionales (les EUD) et d’ouvrages reliés, souvent en la possession aussi de l’autre pôle patrimonial de la Bibliothèque municipale, la Bibliothèque d’étude et du patrimoine.

Notes

1 Ville de Dijon, Mémoire citoyenne : les archives au service des Dijonnais, Dijon, Ville de Dijon, 2006, p. 2. La « Charte de commune » octroie aux Dijonnais le droit de s’assembler en commune,d’élire à sa tête maire et échevins, donc de s’administrer eux-mêmes, notamment par l’exercice de la basse-justice et la perception d’impôts en échange d’un versement annuel de 500 marcs d’argent. La générosité du duc Hugues III a ses limites.

2 Archives municipales de Dijon, Les instruments de recherche aux archives municipales de Dijon : site Liberté, Dijon, Archives municipales de Dijon, 2010, p. 5. Les documents remontant à 1183 serait également à mettre en relation avec l’existence d’une ville, avec ou sans le statut de commune (série B des archives anciennes). Marie Chaufour avance la date de 1120 comme borne de la cote D44 consacrée à l’abbaye de Saint-Étienne, au sein de la série D des archives anciennes sur les cultes. CHAUFOUR Marie, Guide des sources à l’usage des étudiants en Histoire de l’art, musicologie et Histoire urbaine, Dijon, Archives municipales de Dijon, 2007, p. 17.
3 DEGROISE Marie-Hélène, Les Archives municipales de Dijon : huit siècles de mémoire de la ville, Dijon, Archives municipales de Dijon, 1994, p. 1.

4 Ibid. p. 2-3.

5 Ibid. p. 3. Probablement en 1792-1793.
6 Ibid p. 1-2. On refait les serrures du Trésor des Chartes (1507, 1516), on fabrique des armoires (1431, 1559), etc.
7 Ville de Dijon, Mémoire citoyenne : les archives au service des Dijonnais, op.cit., p. 8.
8 DEGROISE Marie-Hélène, op.cit., p. 3-4.
9 Ibid. p. 3. Les archives, transférées, sont restées intactes : le service a même bénéficié de l’éclairage électrique.
10 LOCHOT Éliane, « Archives, patrimoine et citoyenneté : de nouveaux enjeux » in Bourgogne, côté livre, 2005, n°32, p. 28-31, p. 31.
11 Ibid. p. 2.
12 Ibid. p. 4
13 Ibid. p. 5-7. Les conservateurs des bibliothèques ne sont pas bien sûr restés indifférents au devenir des archives (Philippe Guignard, Charles Oursel, Pierre Gras). Ils n’hésitent pas à se plaindre du manque de moyens, de locaux devenus inadaptés et d’irrégularités (p. 7, p. 9).
14 Association des Archivistes Français, Abrégé d’archivistique : principes et pratiques du métier d’archiviste, 2ème édition revue et augmentée, Paris, Association des Archivistes Français, 2007, p. 133. La circulaire pour les archives communales instaure la distinction entre les archives anciennes et modernes autour de la charnière de la Révolution.
15 Ville de Dijon, Mémoire citoyenne : les archives au service des Dijonnais, op.cit., p. 9.
16 Ibid. p. 6-7.
17 Ibid. p. 6-7.
18 Ibid. p. 6-7.
19 Ibid. p. 8 ; DEGROISE Marie-Hélène, op.cit., p. 4.
20 Ville de Dijon, Mémoire citoyenne : les archives au service des Dijonnais, op.cit., p. 4, p. 9.
21 Bibliothèque municipale de Dijon, « Archives municipales de la ville de Dijon : présentation de la bibliothèque » in Bm : Bibliothèque municipale de Dijon, en ligne. Url : http://www.bm-dijon.fr/opacwebaloes/index.aspx?idpage=144. Consulté le 4 mars 2013.