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Originalités et fiertés des Archives municipales de Dijon

La grande originalité du service des Archives municipales de Dijon réside dans le mode de classement de ses fonds anciens. Nous l’avons dit, l’entreprise de classement des fonds modernes n’a pu être lancée avant l’achèvement de celui des fonds anciens et surtout le versement complet, ce qui a fait que le classement des fonds modernes suit les préconisations de l’arrêté du 31 décembre 1926 sur le classement des fonds anciens et modernes des archives communales. Le classement des fonds anciens a été mis en place par Joseph Garnier et achevé par Louis de Gouvenain et Charles Oursel. Garnier, formé par l’École de Chartes de Dijon, maîtrisait la philosophie des archives si bien que le classement qu’il a proposé reste aujourd’hui parfaitement logique et est encore utilisé. Selon Marie-Hélène Degroise, il se serait inspiré du classement des Archives départementales de la Côte-d’Or pour lesquelles il a travaillé avant et après son passage aux Archives municipales : il est possible qu’il ait étudié la circulaire du 24 avril 1841 mais on ne trouve pas de traces évidentes d’une imitation31. On notera que le classement standard double la cote alphabétique des séries.

Le classement de Garnier est alphanumérique bien sûr et comporte 13 lettres allant de A à M. Il ne comporte évidemment aucune correspondance non plus avec le classement standard des fonds modernes. Nous avons esquissé ci-dessus un tableau des correspondances entre les séries de Garnier et celles du classement standard des fonds anciens des archives communales, à partir de la description du classement des fonds anciens de Marie Chaufour, du guide des instruments de recherche mis à disposition par le service et de l’arrêté32 :

Classement de Joseph Garnier

Classement standard

  • Série A – Actes politiques et administration générale (1216-1789)

Série AA – Actes constitutifs et politiques de la commune, correspondance générale

  • Série B – Administration communale (1183-1790)

Série BB – Administration communale

Série GG – Cultes, instruction publique, assistance publique

  • Série C – Juridiction municipale (1197-1788)

Série FF – Justice, procédures, police

  • Série D – Affaires religieuses (1120-1789)

Série DD – Biens communaux, eaux et forêts, travaux publics, voirie

Série GG – Cultes, instruction publique, assistance publique

  • Série E – Bienfaisance (1238-1792)

Série GG – Cultes, instruction publique, assistance publique

  • Série F – Instruction publique (1421-1771)

Série GG – Cultes, instruction publique, assistance publique

  • Série G – Arts et métiers (1196-1791)

Série HH – Agriculture, industrie, commerce

  • Série H – Affaires militaires (1317-1790)

Série EE – Affaires militaires

  • Série I – Police (1361-1791)

Série FF – Justice, procédures, police

  • Série J – Voirie et urbanisation (1339-1789)

Série DD – Biens communaux, eaux et forêts, travaux publics, voirie

  • Série K – Biens communaux (1224-1789)

Série CC – Finances, impôts et comptabilité

Série DD – Biens communaux, eaux et forêts, travaux publics, voirie

  • Série L – Impositions (1188-1789)

Série CC – Finances, impôts et comptabilité

  • Série M – Comptabilité (1188-1789)

Série CC – Finances, impôts et comptabilité

Seules les séries A et AA ont un contenu strictement identique. La série B comporte des éléments qui ne devraient pas y figurer (registres paroissiaux). Les séries de Garnier dissocient celles du classement standard, qui apparaissent donc plusieurs fois. Joseph Garnier intègre le Trésor des Chartes et les archives communales de l’Ancien Régime dans le classement (certaines pièces ont ainsi migré dans le Trésor des Chartes pour leur similitude de contenu) bien que les armoires et locaux de rangement restent distincts : le Trésor des Chartes est enfermé dans une petite pièce à la racine de l’escalier, séparé du reste du dépôt contenu également sous l’escalier Gabriel33.

La seconde grande originalité et fierté du service est la qualité de ses fonds. Ses fonds anciens sont en effet un des rares à posséder la série ininterrompue des délibérations de la municipalité et ce depuis 1341, soit un siècle seulement après la naissance plausible de la commune. De la même manière, la collection de jetons des vicomtes-mayeurs est fort complète.

Troisième originalité, le service conserve une collection des poids et mesures de Dijon de manière tout à fait exceptionnelle : il était en effet coutume de les fondre pour en concevoir de nouveaux selon les nouvelles réglementations mais les poids et mesures du XVIe siècle ont survécu à la conception de ceux du XVIIe siècle. Les mesures-étalons du vin sont aussi preuves précieuses de l’autonomie de la municipalité de Dijon sous l’Ancien Régime.

Notes

31 DEGROISE Marie-Hélène, op.cit., p. 11.
32 CHAUFOUR Marie, Guide des sources à l’usage des étudiants en Histoire de l’art, musicologie et Histoire urbaine, op.cit. ; Archives municipales de Dijon, Les instruments de recherche aux archives municipales de Dijon : site Liberté, op.cit., p. 7-9 ; Association des Archivistes Français, Abrégé d’archivistique : principes et pratiques du métier d’archiviste, op.cit., p. 133.
33 OURSEL Charles, « Les Archives municipales » in Dijon et la Côte-d’Or en 1911, Dijon, Association française pour l’avancement des science, 1911, 2 tomes, t. 2, p. 458-463.

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La naissance d’une institution

Le service des Archives municipales est l’un des plus anciens services de la municipalité puisqu’il est de facto créé avec l’obtention de chartes, privilèges et franchises pour la ville. La plus ancienne charte actuellement en possession du service est celle établie en 1187 par Hugues III, duc de Bourgogne1 mais le plus ancien document daterait en réalité de 11832. Le renouvellement de ces garanties, par serment des ducs de Bourgogne puis des rois de France sur le document, explique fort bien le développement d’un souci d’une conservation rigoureuse.

Ainsi est né le concept, lieu et local, de Trésor des Chartes comme dans d’autres communes. Il comprend la conception des archives en tant que documents historiques, sans usage immédiat, dont la valeur est sacrale. Il a d’abord été placé au sein de l’abbaye Sainte-Bénigne puis, à partir du XIIIe siècle et jusqu’en 1789, au sein de l’Église Notre-Dame (« Tour du Trésor ») dont la construction venait de s’achever3. Mais la municipalité pratiquait également un simulacre de conservation des archives courantes dans un local réservé, tout d’abord dans une salle de la « maison des singes » (premier hôtel de ville) puis, à partir de 1500, au sein d’une salle jouxtant la chapelle de l’hôtel Nicolas Rolin, second hôtel de ville, enfin, après 1765, dans une salle située au-dessus du magasin des lanternes de l’Hôtel de ville4. La Révolution entraîne la réunification des locaux : le Trésor des Chartes rejoint la salle des archives courantes de l’Hôtel de ville5. On se contente d’augmenter la superficie ou d’améliorer la salubrité des locaux (pour les archives courantes puis le local unique), d’effectuer des travaux de rénovation et d’ajouter des pièces de mobilier adaptées au rangement d’archives dont le nombre ne cesse de s’accroître6.

Cette dernière contrainte conduit finalement au transfert de la « chambre des archives » en 1831 au sein de l’ancien dépôt d’archives des États de Bourgogne situé sous l’escalier Gabriel, conçu par Jacques Gabriel, grâce à l’échange de l’Hôtel Nicolas Rolin et du Palais des États entre la municipalité et les autorités départementales pour en faire son nouvel Hôtel de ville. Il constitue actuellement le « site Liberté » et conserve ses caractéristiques d’origine (rayonnages en châtaignier adaptés aux voûtes de l’escalier et tomettes de terres cuites)7. Le site s’agrandit progressivement de plusieurs pièces : au dépôt en lui-même s’ajoute, en 1859, la « salle intermédiaire » aujourd’hui bureaux du service et interdite au public, en 1946, l’actuelle salle de lecture sur l’emplacement de l’ancien Bureau des Élus, après le départ de la Recette municipale, et en 1988 le sous-sol8.

Enfin, après avoir donc traversé sans encombres les première et seconde guerres mondiales9, la mairie de Dijon a acquis (ou ouvert) une usine désaffectée (avenue de Dallas) en 1988 et une ancienne imprimerie en 2006 (rue de Colmar) afin d’accueillir les fonds croissants. Le « site Liberté » constitue le lieu de consultation privilégié des documents. Seuls les documents les plus fragiles des archives contemporaines (cartes, plans) peuvent être consultés sur le « site Colmar »10.

En parallèle de ces mouvements d’unification et dissociation des locaux, s’opère la véritable construction juridique de l’institution. Des clercs sont engagés sporadiquement pour ranger et classer des fonds perpétuellement désorganisés : une première esquisse d’inventaire a ainsi vu le jour entre 1559 et 157011. Le premier archiviste permanent est nommé en 1765 avec le deuxième transfert de la salle des archives courantes (Baptiste Lemort), création fort tardive (mais réelle) face à l’édit (bursal) de juillet 1708 repris en 172312. L’autonomie du service est, elle, plus difficile à obtenir. Il dépend, de manière immuable, de l’autorité du vicomte-mayeur (puis maire) mais les personnes employées à l’entretien du service sont généralement attachées en priorité à un autre service et effectuent des temps partiels dans la première moitié du XIXe siècle (par exemple Charles-Joseph Boiteux, arpenteur-géomètre et archiviste de 1812 à 1815) ainsi que dans la première moitié du XXe siècle (plus précisément de 1887 à 1961) où le service, annexe de la Bibliothèque municipale, est confié à un subordonné du conservateur en charge du service de l’Inspection du Vieux-Dijon ou de la Commission des Antiquités de la Côte-d’Or (Philippe Vallée, Étienne Ehinger, Georges Marlaud, Gabriel Crémaud)13. L’arrêté municipal de février 1958 crée le poste indépendant de Conservateur des Archives municipales. Un véritable budget est alloué au service à partir de 1984.

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Les Archives de Dijon détiennent actuellement trois types historiques d’archives, selon le découpage chronologique instauré pour les archives communales par l’arrêté du 31 décembre 1926 : les archives anciennes (XIIe siècle-1789), les archives modernes (1790-1945) et les archives contemporaines (1945 à nos jours)14. Il y a plus de 5 km linéaires au total.

Les archives anciennes sont composées du Trésor des Chartes et des archives courantes (devenues définitives) de la municipalité jusqu’à la Révolution. C’est un fonds clos : il comporte plus de 100 000 pièces et 1500 registres, soit 700 m linéaires15. Parmi les documents remarquables, on peut noter : la Charte de commune de Hugues III (1187), le premier grand sceau de la commune de Dijon (XIIIe siècle), les plans de Dijon ou les jetons des maires16. Les archives modernes, closes également, font plus de 920 m linéaires : on y trouve l’affiche de souscription de l’aménagement de la place Darcy (1872), l’acte de naissance de Gustave Eiffel (1832) ou des affiches de propagande de la seconde guerre mondiale17. Les archives contemporaines, enfin, comptent actuellement près de 3 km linéaires : on y trouve la Charte de jumelage Dijon-Mayence (1958), les programmes des institutions culturelles de Dijon et surtout les documents versés par l’administration municipale (non communicables)18.

Le découpage chronologique ne suit pas le découpage des locaux : le « site Liberté » contient l’ensemble des archives anciennes et des archives modernes (1622 m linéaires au total), le « site Colmar » (d’une capacité de 8 km linéaires) la première partie des archives contemporaines (1945-1960) et le « site Dallas » contient la seconde partie (d’une capacité de 2,5 km linéaires). Cette répartition suit le principe de l’adéquation entre ancienneté et qualité des locaux19. Les fonds se diversifient avec le temps comme dans d’autres services : papiers, parchemins, objets et sceaux jusqu’en 1789 ; papiers, affiches, enregistrements sonores ou audiovisuels et fonds privés ensuite20.

Le service des archives de Dijon propose également la constitution et la conservation de documents imprimés historiographiques sous forme de bibliothèque.Située sur le « site Liberté » et en partie sur le « site Colmar », elle contient plus de 7000 volumes consacrés à l’histoire de Dijon. L’ouvrage le plus ancien date du XVIe siècle. Elle comprend une section appelée « Bibliothèque administrative », qui fait en réalité partie du classement des archives modernes, au sein de la série C éponyme (bulletins de lois, publications de l’INSEE, dictionnaires de langue française, ouvrages de droit) ainsi qu’une section « bibliothèque historique » (cotée BH), qui suit le classement thématique du fonds bourguignon de la bibliothèque municipale, mis en place à partir du classement de la Bibliographie bourguignonne21. Elle suit donc les standards informatiques qui lui permettent d’être visible sur l’ensemble du réseau de la Bibliothèque municipale et réseau du Centre régional du livre de Bourgogne et de s’aligner avec la Bibliothèque nationale de France. Elle contient pour elle-même un certain nombre de mémoires et thèses, d’ouvrages en rapport avec les expositions du service, de publications universitaires régionales (les EUD) et d’ouvrages reliés, souvent en la possession aussi de l’autre pôle patrimonial de la Bibliothèque municipale, la Bibliothèque d’étude et du patrimoine.

Notes

1 Ville de Dijon, Mémoire citoyenne : les archives au service des Dijonnais, Dijon, Ville de Dijon, 2006, p. 2. La « Charte de commune » octroie aux Dijonnais le droit de s’assembler en commune,d’élire à sa tête maire et échevins, donc de s’administrer eux-mêmes, notamment par l’exercice de la basse-justice et la perception d’impôts en échange d’un versement annuel de 500 marcs d’argent. La générosité du duc Hugues III a ses limites.

2 Archives municipales de Dijon, Les instruments de recherche aux archives municipales de Dijon : site Liberté, Dijon, Archives municipales de Dijon, 2010, p. 5. Les documents remontant à 1183 serait également à mettre en relation avec l’existence d’une ville, avec ou sans le statut de commune (série B des archives anciennes). Marie Chaufour avance la date de 1120 comme borne de la cote D44 consacrée à l’abbaye de Saint-Étienne, au sein de la série D des archives anciennes sur les cultes. CHAUFOUR Marie, Guide des sources à l’usage des étudiants en Histoire de l’art, musicologie et Histoire urbaine, Dijon, Archives municipales de Dijon, 2007, p. 17.
3 DEGROISE Marie-Hélène, Les Archives municipales de Dijon : huit siècles de mémoire de la ville, Dijon, Archives municipales de Dijon, 1994, p. 1.

4 Ibid. p. 2-3.

5 Ibid. p. 3. Probablement en 1792-1793.
6 Ibid p. 1-2. On refait les serrures du Trésor des Chartes (1507, 1516), on fabrique des armoires (1431, 1559), etc.
7 Ville de Dijon, Mémoire citoyenne : les archives au service des Dijonnais, op.cit., p. 8.
8 DEGROISE Marie-Hélène, op.cit., p. 3-4.
9 Ibid. p. 3. Les archives, transférées, sont restées intactes : le service a même bénéficié de l’éclairage électrique.
10 LOCHOT Éliane, « Archives, patrimoine et citoyenneté : de nouveaux enjeux » in Bourgogne, côté livre, 2005, n°32, p. 28-31, p. 31.
11 Ibid. p. 2.
12 Ibid. p. 4
13 Ibid. p. 5-7. Les conservateurs des bibliothèques ne sont pas bien sûr restés indifférents au devenir des archives (Philippe Guignard, Charles Oursel, Pierre Gras). Ils n’hésitent pas à se plaindre du manque de moyens, de locaux devenus inadaptés et d’irrégularités (p. 7, p. 9).
14 Association des Archivistes Français, Abrégé d’archivistique : principes et pratiques du métier d’archiviste, 2ème édition revue et augmentée, Paris, Association des Archivistes Français, 2007, p. 133. La circulaire pour les archives communales instaure la distinction entre les archives anciennes et modernes autour de la charnière de la Révolution.
15 Ville de Dijon, Mémoire citoyenne : les archives au service des Dijonnais, op.cit., p. 9.
16 Ibid. p. 6-7.
17 Ibid. p. 6-7.
18 Ibid. p. 6-7.
19 Ibid. p. 8 ; DEGROISE Marie-Hélène, op.cit., p. 4.
20 Ville de Dijon, Mémoire citoyenne : les archives au service des Dijonnais, op.cit., p. 4, p. 9.
21 Bibliothèque municipale de Dijon, « Archives municipales de la ville de Dijon : présentation de la bibliothèque » in Bm : Bibliothèque municipale de Dijon, en ligne. Url : http://www.bm-dijon.fr/opacwebaloes/index.aspx?idpage=144. Consulté le 4 mars 2013.

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